management visuel

Mariam Pichelin

Une frustration qui se généralise

Vous est-il déjà arrivé de saturer d’appliquer la logique du bâton et de la carotte en mode de management descendant? Ou de vous demander comment vous pourriez impliquer davantage vos collaborateurs dans ces conditions, tout en vous sentant débordé.e par l’ampleur de la tâche ?

Ou encore d’être débordé.e par le flot d’information et d’actions à réaliser en continu, qui vous arrive de toute part et dont vous ne savez plus quoi faire ? Vous arrive-t-il parfois d’être lassé.e de cette course permanente à la performance, aux objectifs, au toujours plus ?

Sachez-le, vous n’êtes pas seul.e !

Chaque semaine ou presque, je rencontre des managers, des leaders d’équipe, des responsables de projet qui vivent ce phénomène. Je rencontre des équipes également, démobilisées par le manque d’autonomie, de sens, en recherche de lien vrai, avec un besoin fort de reconnaissance de leur valeur ajoutée; qui saturent du mode de fonctionnement très hiérarchisé de leur organisation.

Des personnes qui rêvent d’appuyer sur le bouton pause, pour que la logique de compétition, de valorisation de l’image soi, cesse enfin. Et qui souffrent de ne pas avoir de clés pour faire différemment, dans des structures dans lesquelles ces valeurs sont omniprésentes. 

Cette souffrance est compréhensible, parce qu’il est difficile de se sentir en décalage avec son environnement, sans avoir de clés pour faire évoluer les pratiques. Il est difficile de sentir que les recettes d’hier ne marchent plus dans le monde d’aujourd’hui, un monde dans lequel la complexité est grandissante, les flux d’informations à gérer et d’actions à réaliser s’accélèrent, un monde dans lequel il est devenu nécessaire de composer avec l’incertitude.

Une baguette magique ?

Il arrive régulièrement que mes interlocuteurs, mes interlocutrices viennent me voir avec une demande de baguette magique.

Ils ont entendu parler d’une approche innovante, qui permettrait d’impliquer les équipes, tout en facilitant la gestion de l’activité au quotidien. Une méthode qui permettrait rapidement et simplement de se mettre en ordre de marche, avec des outils visuels et peu couteux.

Ils souhaitent mettre en place des affichages, des post-its, des tableaux de visualisation des données ou de l’activité, des marquages au sol, des cartes mentales, en présentiel ou en distanciel.

Ils appellent cela du management visuel.

De quoi s’agit-il exactement ?

« Le management visuel s’appuie sur la perception visuelle des informations. Il s’inspire notamment du lean management, une méthode d’organisation du travail et de gestion de la production qui cherche à limiter le gaspillage pour plus d’efficacité et de performance. Le management visuel vise à rendre l’information concrète, lisible, compréhensible et mémorisable. Tous les membres de l’équipe ont ainsi accès au même niveau d’information. »

Source : Cadremploi.fr

Cette définition, communément admise, me pose question. Parce qu’elle met en avant la performance, l’organisation du travail, et la gestion de l’information. Avec le risque que les travers dont on cherchait à se dégager reviennent au pas de course.

J’ai commencé à accompagner des équipes autour du management visuel en 2015, à une époque où cette approche était encore confidentielle.

Et j’ai pu constater à de multiples reprises à quel point cette approche pouvait être puissante, ou complètement inefficace, voire contre-productive, selon l’état d’esprit dans lequel elle était adoptée.

Inefficace lorsque les outils et les aspects visuels sont au centre de la réflexion, au détriment d’une approche inclusive et centrée sur les besoins des parties prenantes.

Lorsque la démarche est pensée et mise en place par un pilote unique, sans prendre le temps de proposer aux équipes de s’emparer du sujet.

Lorsque la mise en place est guidée par un souhait de contrôle, dans une logique de rigidité, plutôt que dans une intention d’ajustements réguliers, par itérations courtes, dans un état d’esprit agile et ouvert.

Un pas de côté

Mais concrètement comment faire, me direz-vous ?

Je n’ai toujours pas de baguette magique… mais des propositions issues de ces six années d’accompagnement et de formation pour des équipes de toute taille, dans des secteurs d’activités issus de l’industrie comme des services.

Peut-être qu’une des problématiques du management visuel commence par son nom.

Management sous-entend que c’est au manager de prendre en charge la démarche. Visuel sous-entend que la démarche est principalement basée sur du visuel.

Ma vision de cette approche pourrait se résumer de la façon suivante :

Une démarche d’équipe incluant des méthodes visuelles mais aussi auditives et kinesthésiques permettant à une équipe d’atteindre des objectifs, partager de l’information, suivre une activité, produire des livrables, en joignant l’utile et l’agréable.

Une démarche d’équipe : oui, c’est une démarche d’intelligence collective, dans laquelle les équipes sont au centre de la démarche, accompagnée par une ou plusieurs personnes qui vont faciliter le processus et garantir un cadre sécurisant.

Incluant des méthodes visuelles mais aussi auditives et kinesthésiques : oui, il y a ce que l’on voit, mais il est tout aussi important de prendre en compte ce qui a besoin d’être dit ou entendu, ainsi que d’encourager le mouvement, aussi bien du corps que de l’esprit.

Permettant à une équipe d’atteindre des objectifs, partager de l’information, suivre une activité, produire des livrables : oui il est important que cette démarche facilite la vie de l’ensemble des acteurs concernés, permette aux projets d’avancer dans de meilleures conditions, et apporte une réelle valeur ajoutée aux clients ou aux bénéficiaires.

Joignant l’utile et l’agréable : oui agréable pour impliquer l’équipe dans une démarche responsabilisante, sans bâton ni carotte, et utile pour rendre visible ce qui doit l’être et faciliter l’atteinte des résultats. Les deux dimensions sont essentielles pour que la démarche dure dans le temps, dans une logique « j’ai envie » ou « c’est important », plutôt que « il faut ».

Et pour compléter ce tableau, 4 ingrédients sont à mon sens essentiels pour la réussite d’une démarche de management visuel :

  • Une priorité à la transparence, pour privilégier la circulation de l’information et de la parole
  • Une posture de coach pour le pilote, pour accompagner l’équipe vers l’autonomie
  • Une démarche d’intelligence collective, pour construire la démarche avec l’équipe
  • Une logique d’efficience, pour obtenir les meilleurs résultats possibles en utilisant uniquement les ressources indispensables

Et si, plutôt que de parler de management visuel, on inventait un nom qui parle de tout cela ?

Chez Go Learning, nous croyons qu’il est essentiel de mettre l’intelligence émotionnelle, relationnelle et collective au centre de l’ensemble des démarches que nous entreprenons.

Le management visuel n’est pas une fin en soi, mais peut-être un formidable moyen de révéler les talents de chacun.e au sein des collectifs de travail.

Retrouvez-nous en formation management visuel à partir du mois de Novembre pour partager, expérimenter et prendre du recul autour de cette question.