Il y a quelques semaines, j’ai animé une classe virtuelle. Quoi de plus banal dans mon métier de formatrice, me direz-vous, surtout dans cette période que nous traversons ?… Si je pratique cette modalité depuis plus de cinq ans, cette animation laissera à coup sûr des traces tant elle a permis de requestionner mes manières de faire en tant que e-formatrice et c’est ce qui en fait une formation peu banale.

Le point de départ

Alors que s’est-il passé ? Rien de plus ou de moins que ce qui arrive parfois : « le groupe n’a pas pris », « la motivation n’était pas au rendez-vous », « ils n’avaient pas envie », « ils se sont trompés de programme »…. Autant d’opinions sur lesquelles j’aurais pu prendre appui pour me dire qu’après tout, si la satisfaction n’était pas au rendez-vous (d’un côté comme de l’autre) et bien, tant pis pour cette fois et de toutes façons, une fois n’est pas coutume.

Néanmoins, je ne me suis pas contentée de laisser là ma réflexion et j’ai pris le temps d’analyser les choses, avec le plus de recul et de discernement possible, chose bien aisée comme chacun sait lorsqu’il s’agit de se regarder pédaler… ! Il m’a fallu donc plusieurs étapes, de l’analyse de pratique et des regards extérieurs pour en arriver aujourd’hui à ces points que je souhaite partager avec vous, persuadée que le partage est un des leviers principaux d’apprentissage (les deux autres étant l’expérimentation et la prise de recul, l’intention de cet article est clairement de permettre à d’autres formateurs de bénéficier de mon retour d’expérience… !).

Je me suis donc posé cette question en premier lieu : qu’est ce qui fait qu’une animation de formation réussit quand je suis en salle ? J’ai identifié cinq compétences clés que j’active systématiquement dans mon métier.

Les clés de la réussite d’une formation en salle

La première concerne ma capacité à prendre possession de l’environnement dans lequel se déroule la formation : dès mon arrivée dans la salle, je réaménage l’espace en lien avec le thème, je dispose tables et chaises pour dégager l’espace, je dispose des cartes, jeux et autres brise-glace pour la phase de lancement, je mets un mot d’accueil sur le paper-board, j’aère la pièce, je m’assure qu’il y a de l’eau à proximité, bref, je créée un espace propice à se sentir à l’aise en arrivant dans la pièce. Le confort d’un espace d’apprentissage impacte directement l’envie d’y passer du temps et dans les processus d’apprentissage, le lieu a donc toute son importance.

La seconde est en lien direct puisqu’il s’agit de créer un climat de confiance : j’accueille chacun avec un mot de bienvenue, je sers la main en me présentant, j’indique les lieux où l’on peut poser ses affaires et puis je prends le temps d’un échange court, hors de notre sujet, autour d’une boisson chaude ou d’une viennoiserie. On n’a pas l’occasion de faire deux fois une bonne impression et il est aujourd’hui avéré que nos premières impressions déterminent quasi immédiatement notre capacité à s’impliquer dans une situation nouvelle, à sentir si ça va le faire …ou pas !

D’ailleurs, la troisième compétence sur laquelle je m’appuie concerne le langage non verbal, le langage du corps. C’est par l’observation des postures, des réactions, des sourires, des regards que je sais dans les premières minutes de lancement d’une formation quelle est la tendance du groupe. Je m’appuie sur mes constats pour questionner, ajuster mon ton, régler le volume de ma voix, m’assurer que chacun est à l’aise pour entrer en contact, que ce soit avec moi mais aussi et surtout avec les autres membres du groupe. La confiance est visible sur les corps et les attitudes et la sécurité qu’elle apporte permet une détente propice à l’apprentissage, là encore.

Et puis, très rapidement, je mets en œuvre des modalités qui permettent d’associer différents canaux sensitifs : on se parle, on observe, on bouge, on utilise aussi bien des cartes que des balles, on peut même se déplacer d’un espace à un autre, bref la vue, l’audition et le mouvement sont présents dans les formations que j’anime et je veille à solliciter en alternance tous ces canaux car nous sommes tous branchés sur un canal préférentiel. Dans un groupe l’alternance des sollicitations permet de capter l’attention sans fatiguer mais aussi permet à chacun de renforcer sa zone de confort avant de franchir le cap de la zone d’apprentissage, parfois un peu moins confortable.

Enfin, dernière compétence que je mets en œuvre assez rapidement lors d’une formation c’est la capacité à responsabiliser le groupe dans ses apprentissages. Je considère mon rôle de formatrice comme une guide, une facilitatrice ; je créée des conditions favorables à l’apprentissage et je propose de manière systématique plusieurs chemins possibles pour atteindre l’objectif. Parfois un chemin semble évident, d’autres fois non et il est de ma responsabilité de  guider le groupe dans sa progression en l’accompagnant au plus près de ses besoins. Ce qui implique des capacités de questionnement, d’écoute et aussi une capacité à fixer le cap et le maintenir.

Une fois cette première étape de questionnement réalisée, j’y voyais déjà plus clair : ce que je fais de manière inconsciente quand je suis dans une salle (illustrant très bien le concept de compétence inconsciente), je ne l’ai pas fait dans ma classe virtuelle. Je n’ai pas activé, du moins pas assez, ces leviers qui me permettent de pratiquer une pédagogie centrée sur l’apprenant dans laquelle chacun est acteur et non spectateur de sa formation, dans laquelle l’expérimentation et le droit de se tromper ont toute leur place et dans laquelle le but ultime est le développement de l’autonomie de chacun.

Ajuster ses compétences en classe virtuelle

Alors voilà, que faire pour faire vivre ces compétences dans une classe virtuelle ? Mes premières réponses concernent en grande partie l’étape de lancement. Voici les pistes que j’ai identifiées et que je m’applique à faire vivre depuis.

Premier levier : prendre le temps de valider que chacun est installé de manière confortable et adaptée.

Là encore, il ne s’agit pas de tomber dans les banalités mais l’environnement a un tel impact sur notre concentration que quelques questions parfois suffisent à initier le changement : une source de lumière directe, une chaise bien réglée et une assise confortable, une boisson à proximité et surtout du calme sont autant d’éléments sur lesquels le e-formateur peut questionner et s’assurer que le groupe est en bonne condition. Et ceci valable au démarrage de la session mais aussi tout au long de la session et particulièrement lors des lancements de demi-journées.

Idée : réaliser un premier « tour d’écran » pour permettre à chacun de décrire son lieu

Deuxième levier : laisser un temps d’expression libre à chacun, notamment sur ses ressentis

Si je souhaite avant tout de l’implication des apprenants dans leur démarche d’apprentissage, la place de l’expression individuelle est fondamentale. Le « pourquoi êtes-vous là », « qu’est-ce que vous aimeriez savoir faire », « quels sont vos objectifs après cette formation » sont des basiques que l’on peut doubler d’un « comment vous sentez vous sur ce sujet »,  ou encore « qu’est- ce qui vous questionne sur le sujet au début de la formation ».

Idée : pratiquer un recueil par sondage en ligne et faire commenter chacun en partageant les résultats

Troisième levier : inciter au mouvement et créer des émotions agréables

Le lien entre corps et esprit est là aussi avéré et un corps détendu permettra à notre cerveau d’être en mesure d’apprendre plus facilement de la même manière que des pensées agréables permettront au corps de mieux recevoir les informations. Ainsi, prendre le temps de bouger alors que l’on est assis sur une chaise, réaliser quelques étirements ou même du yoga assis ou encore inviter à une séance d’origami ou de cocottes en papier seront des temps de transition favorables pour la suite.

Idée : organiser une session « blagues » à un moment où l’attention semble diminuer

Quatrième levier : varier les modalités d’apprentissage  

C’est une de mes marottes en présentiel et je sais que j’y suis très attentive également à distance. Etre en grand groupe ou un sous-groupe, seul ou à plusieurs, à l’écrit ou à l’oral, avec des mots ou avec des schémas, de la vidéo ou du quizz, de la lecture ou de la navigation sur le web, bref, les possibilités sont variées et permettent assurément d’éviter le côté « webconférence » qui est un des écueils d’une classe virtuelle. Solliciter le cerveau droit et le cerveau gauche, la créativité et la réflexion, l’analyse et la spontanéité est tout à fait possible en modalités à distance.

Idée : organiser un concours de dessin à la fin de la demi-journée pour formaliser les points clés

Cinquième levier : laisser de la souplesse et de la liberté dans le déroulement de la journée

 Le rythme des apprentissages est bien souvent calqué sur notre chronobiologie, c’est une évidence. Qui a déjà animé en salle toute une journée sait repérer les baisses de régime en fin de matinée, début ou fin d’après-midi. Accepter que le temps se distende à ces moments est une chose et  surtout, accepter que le temps virtuel s’égrène de multiples secondes cachées, masquées par un clic ou deux, par un téléchargement de dossier plus long que prévu, par une connexion moins fiable, bref, les risques de perdre du temps sont bien présents. Aussi, laisser la possibilité de choisir tel ou tel thème, tel ou tel sujet, organiser et prioriser ce que l’on souhaite aborder permettra de moins regarder sa montre d’animateur

Idée : proposer une nouvelle carte de déroulement à chaque demi-journée pour clarifier la priorisation des temps dédiés.